Cordel chic

à propos des cordels, 
quelques notes en vrac en attendant mieux:

Les cordels sont toujours écrits en vers.
Quel qu'en soit le sujet, légende, fait divers ou prise de position politique, fait social ou poétique, tout est raconté en vers. Étonnant non ?
Souvent imprimés sur des fins de rouleaux de papier journal, papier très acide, ils ne sont pas faits pour durer, pas plus que n'importe quelle feuille de chou.
Selon le succès rencontré ils sont ré-édités. Leur tirage, au fil des ans, peut dépasser les 100 000 exemplaires.  Certains textes ont connu tant de ré-éditions qu'ils ont changé d'éditeur et  parfois changé d'auteur !   presque toujours ils ont changé de couverture. (on m'a parlé de tirages supérieurs au million pour les grands standards devenus des classiques, mais j'ai pas les moyens de vérifier l'information)

Où les trouver ? 
le plus simple est d'aller sur les marchés nordestins;

sinon, de s'adresser aux éditeurs de cordel,  souvent auteurs eux même, qui proposent aussi à la vente des cordels de leurs amis.
C'est ainsi que j'ai trouvé chez José Borges en 2002 "la lettre de Satan à l'ami Georges Bush" de Zé da Madalena. Une perle !

borgespt   Célèbre pour ses gravures, José Francisco Borges est avant tout  imprimeur.   Il imprime les tracts, les publicités, les affiches,  ce qui demande à être imprimé dans sa ville.
 Plusieurs de ses enfants ont appris de lui la gravure et chacun développe son style, dans le sillage de José.

A Rio de Janeiro par exemple, dans le quartier de Santa Tereza, tout près du départ du petit train pour le Corcovado, se trouve "l'Académie Brésilienne de Litérature de Cordel", maison d'édition et boutique tenue par son propriétaire Gonçalo Ferreira da Silva.
le voici, 

ABLC07
ABLC01 ABLC02 ABLC03
ABLC04 ABLC06 ABLC05

 

 

Autre application : 

La forme en est si connue, reconnue par les gens du peuple, qu'en grand format le cordel reste un moyen sûr de faire passer une information. J'ai vu à Recife et ailleurs dans le Nordeste, en 2006, de ces grandes toiles imprimées et plastifiées, dans des gares routières, un aéroport. 

EPV0002 EPV0802 EPV0003

Une campagne contre le travail d'esclave, un appel à refuser de travailler pour des négriers, appel à oser les dénoncer, à se défendre, adressée au public lecteur ou auditeur des cordels : les plus pauvres quoi !
Car ce sont bien sûr les plus pauvres des pauvres qui tombent dans ces pièges sans fond, ils sont transportés dans des grandes exploitations agricoles très loin de chez eux où ils sont surexploités, mal nourris, coincés. Leur employeur leur fait payer les repas et le transport plus cher que ce qu'ils reçoivent de salaire. Ils sont redevables encore et encore.
Lorsqu'ils en échappent grâce à une intervention extérieure, de retour chez eux ils se retrouvent exactement dans la même situation qui les oblige à accepter n'importe quelle proposition de travail. Et c'est sans fin.

Totalement hors la loi ces pratiques sont courantes dans l'agriculture, le bâtiment, en amazonie pour produire le charbon de bois nécessaire à la fabrication de la fonte etc... bien sûr le système est suffisament complexe, de sous-traitant en sous-traitant, pour que rarement les responsables de ces trafics humains soient inquiétés.

 

Les éditions Tupynamquim à Fortaleza
(sujet d'un prochain paragraphe) faut notamment que je vérifie l'orthographe ...